Une approche du bien-être animal en filière productions animales au lycée de Charleville-Mézières

par Bénédicte Guénard, enseignante en zootechnie


Lorsque des élèves demandent à entrer en seconde productions animales et qu’ils ne sont pas issus du milieu agricole, leur motivation tient parfois en quelques mots : « j’aime les animaux ».
Il va falloir progressivement les amener à comprendre ce que cette phrase veut dire lorsque l'on s'adresse à un animal de rente, et le sens qu'on lui donne : chaque année sont découverts des chats, des chiens ou des chevaux qui vivent dans des conditions effroyables, sous la responsabilité d’une personne qui assure « aimer les animaux »

Alors, sur le terrain et avec des bovins, nous apprenons à entrer en contact avec l’animal, à nous placer, à utiliser la voix plutôt que le bâton (qui reste un élément utile !).

Ces premières manipulations, ces premières rencontres entre l’élève et un (gros) animal sont extrêmement importantes. C’est la que le jeune se rend compte du véritable ancrage de sa motivation : Horreur, aimer les animaux ça n’est donc pas les caresser 35h par semaine comme certains le souhaiteraient cherchant plutôt une relation avec un animal de compagnie ? Comment, l’animal ne vient pas naturellement à moi, comme dans tous ces films ? Pour ces élèves, c’est la dégringolade, la motivation s’effondre. Pour ceux qui sont conscients qu'il s'agit de travailler avec l'animal, la motivation s’accroît.

En cours d’année de seconde, chaque élève reçoit une génisse dressée par un élève de 1ere CGEA. Il en devient alors responsable. A lui d’accentuer (ou pas !) la relation de confiance qui a été mise en place. Ainsi Liliane s'est installée, par terre, dans la case de sa génisse. Elle s'est laissée sentir et lécher. Ensuite elle a caressé sa génisse, s'est levée doucement et les deux compères se sont suivies... Elle n'était pourtant pas issue du milieu agricole. Une autre vache qui avait été dressée « à la dure » par un fils d'agriculteur (qui a finalement décidé de quitter le métier !) cherchait toujours à se désolidariser de son meneur (et vu son poids, elle y arrivait !). Elle a été reprise par un jeune non issu du milieu agricole qui a progressivement remis la vache en confiance. C'est une double réussite : pour l’élève, qui a amené à lui une vache de 800 kg et pour la vache, qui reste dominante avec ses collègues bovines mais qui respecte désormais l'homme.

Lorsqu’ils arrivent en classe de 1ere, les élèves participent à un concours agricole. Ils n’ont rien choisi, ni l’alimentation, ni la génétique mais ils présentent leur vache, celle avec qui ils ont établie un lien fort : celui du respect mutuel.

Il arrive aussi que des élèves n'aient aucune motivation pour l'animal à leur arrivée en formation. Cathy n'était pas très motivée par la formation. Elle est arrivée en filière production animale parce qu'elle était exclu de seconde générale. Depuis, plus d'un an, elle se contente de participer a minima aux TP. Vers le mois de mars de cette année, nous devions peser les génisses d'1 an. L'une d'entre elle faisant systématiquement demi tour dans le couloir et finalement restait la dernière à peser. Impossible de la faire aller au bout du couloir, ou se trouve la bascule. Je me suis "un peu" énervée contre l'animal pour un résultat pire... Cathy est alors entrée en scène et tout doucement, cm par cm a amené la génisse jusqu'à la bascule à l'aide d'un seau de granulé : attirer vaut mieux que tirer, attirer vaut mieux que pousser, cours de seconde pro PA que j'avais, dans l’énervement, un peu oublié, mais pas Cathy ! Elle était très fière de ce qu'elle avait fait (et je l'ai félicité bien sûr).

Pas de cris, pas de bâton, des stalles propres, une auge garnie mais sans excès, une surveillance attentive et de la douceur et du respect. Une image que je trouve assez représentative du bien être animal.