Les obstacles à l'apprentissage du bien-être animal

Nous distinguerons dans ce fichier différents facteurs susceptibles de défavoriser l'enseignement du bien-être animal (facteurs résumés dans la figure 1).

obstacles à l"apprentissage du bien-être animal

Ils ont été observés en contexte de formation initiale en formation professionnelle. Certains d'entre eux renvoient au jugement de la personne par rapport à elle-même, d'autres conduisent à juger l'animal ou ses comportements, et d'autres encore relèvent de l'influence des parents, du maître de stage ou de l'enseignant.

Le manque de confiance en soi défavorable au bien-être de l'animal 

Le manque de confiance en soi met en arrière plan chez l'élève la souffrance de l'animal. Le désir de se dépasser pour restaurer une confiance en soi ou la peur de l'échec et du jugement (de l'enseignant, de l'élève, des parents) sont tous les deux susceptibles de le décentrer du bien-être de l'animal. Les messages parentaux, ceux des enseignants ou des élèves peuvent le conduire à remettre en cause ses capacités à pouvoir réaliser une activité et à craindre le jugement. En d'autres termes, la construction de la confiance en soi de la personne vis-à-vis des activités liées à l'animal nous semblerait une condition préalable nécessaire à l'expression de motivations et de comportements favorables au bien-être de l'animal.

Les facteurs interactionnels avec l'animal influençant le souci du bien-être à l'égard de l'animal

Des conceptions flexibles de l'animal

Un élève peut, en fonction de la relation affective qu'il envisage avec l'animal, adapter sa conception qu'il en a pour la rendre congruente avec son désir et ses intérêts.

Ainsi des conceptions relatives au statut de l'animal, et en particulier à celui d'animal de production, peuvent justifier de ne pas générer de relation affective avec lui, même si la personne n'a pas d'activités productives. Une vache, comme animal de production, peut ne pas mériter que l'on s'intéresse à son bien-être.
Le statut de l'animal peut aussi être défini par son prix, et convoquer ou non un intérêt altruiste à son égard.

Ces conclusions conduisent à questionner les démarches éducatives qui auraient comme finalité de générer une relation affective avec l'animal. Si celles-ci visent à favoriser la prise en compte du bien-être de l'animal, contrarient-elles des actes de production susceptibles d'être défavorables au bien-être de l'animal ? Éduquer au bien-être animal d'élevage suppose d'interroger l'ambivalence de l'activité d'éleveur.

Une motivation à agir non congruente avec la prise en compte du bien-être de l'animal

L'élève associe à la pratique qui fait l'objet d'apprentissage les valeurs qui répondent à la relation à l'animal qu'il souhaite entretenir. La motivation que des élèves attachent à une activité détermine ce qu'ils choisissent de faire et ce, malgré les dommages qu'ils peuvent produire sur l'animal. Le comportement qu'elle génère peut susciter un sentiment de fierté, et ce malgré la souffrance de l'animal qu'elle a produite. L’orientation égoïste apparaît comme une orientation plus forte que l'orientation altruiste.

L'interprétation des comportements de l'animal

L'expression de comportements affiliatifs chez un animal est susceptible d'empêcher un acte défavorable à l'animal (comme d'envoyer l'animal à l’abattoir) de la part de son propriétaire et de motiver celui-ci à le protéger.
C'est pour cette même raison qu'une relation affective avec l'animal peut être crainte car elle risque de rendre difficile les prises de décision antagoniques avec le bien-être de l'animal, dont celle d'envoyer l'animal à l'abattoir.

L'absence d'informations signifiantes pour la personne peut la conduire à ne pas prendre conscience de la souffrance de l'animal ou à ne pas pouvoir interpréter ce qui motive un comportement. La compréhension intuitive, connaissance directe et immédiate sans faire appel au raisonnement, n'est alors pas opérante.

Dépendance et autonomie à l'égard des pratiques parentales

L'enfant éprouve d'emblée envers ses parents un devoir éthique de loyauté. La loyauté à l'égard des pratiques parentales peut être plus forte que l'acceptation des pratiques revendiquées par l'école. Elle conduit à refuser un apprentissage scolaire qui risquerait de disqualifier la famille et ainsi à faire toute comparaison.

Les facteurs relatifs à l’enseignement et au stage professionnel qui favorisent ou nuisent à la prise en compte du bien-être animal

Nous centrerons notre discussion sur deux facteurs, qui, dans le contexte de l'enseignement, s'avèrent majeurs comme obstacle à une éducation au bien-être animal : d'une part l'obéissance et/ou l'acceptation au regard de l'autorité, la peur du jugement et d'autre part la conformité à ce qui se fait référence.

Obéissance, acceptation de l'autorité et peur du jugement

La peur de l'autorité et du jugement, l'obéissance à l'autorité, et l'acceptation de l'autorité au nom des principes moraux, scientifiques ou pratiques conduisent une personne à faire souffrir un animal ou à ne pas aider un animal en souffrance malgré le souci que la personne peut ressentir à l'égard du bien-être de l'animal.
L'éveil de sentiments ou d'émotions, d'une compréhension ou d'une motivation tournée vers l'animal n’apparaît pas remettre en cause l'autorité de l'enseignant. Les élèves sont susceptibles de présenter un comportement similaire d'acceptation, voire de soumission à la consigne de faire souffrir un animal accompagnées d'un fatalisme à le voir souffrir.
Le sentiment d'autorité institutionnel et/ou scientifique apparaît prépondérant dans l'acceptation de faire souffrir un animal, mais aussi dans celle que d'autres le fassent souffrir ou encore dans le fait de s'interdire d'intervenir pour aider un animal en souffrance. Toute autorité que légitime un savoir expert, un savoir savant ou une pratique de référence peut devenir un quitus pour mettre en œuvre des comportements de cruauté ou pour ne pas agir face à un être souffrant.

Si certains élèves s'adaptent à un contexte professionnel délétère pour le bien-être de l'animal, d'autres le critiquent tout en s'y soumettant. Il y a alors primat de l'acceptation de la règle, de l'autorité représentée par l'institution sur une motivation altruiste.

De la conformité à ce qui fait référence

« Il faut aimer ça ». Ce court propos, témoin du paradoxe dans le lequel se trouve un élève parlant de la pratique d'écornage, résume la tension qu'il vit alors que la pratique de l'écornage fait l'objet de controverses parmi les éleveurs [1] , il apprend qu'elle fait l'objet d'une norme, une référence décontextualisée, universelle.


La conformité conduit à légitimer de faire souffrir un animal. A la différence de l'autorité où la personne se soumet à un ordre, la conformité suppose une adhésion volontaire aux pratiques d'un groupe.

Se conformer suppose une référence. Si l'enseignant et/ou le contexte d'enseignement, le maître de stage et/ou un contexte professionnel, ou les parents sont des pôles possibles de référence, ils sont aussi des pôles de construction de ce qui fait et ne fait pas référence.

Si l'enseignement souhaite dispenser des savoirs ou des pratiques de référence, ceux-ci risquent d'être confrontés par l'élève aux approches issues d'autres sources d'informations, dont celle de l'animal. L'apprentissage de savoirs d'expérience (appris au contact de l'animal), de savoirs sociaux, de savoirs académiques ou de savoirs experts, lorsqu'ils divergent,soit font l'objet d'une prise de position de la personne tantôt en faveur de l'école, des professionnels, des parents, ou de l'animal, soit laissent l'élève dans une confusion. Les apprentissages de savoirs ou de pratiques réalisés à l'école ne font pas nécessairement référence. Ils sont alors considérés erronés ou contextualisés et inadaptés au contexte professionnel.
Un enseignement dogmatique d'un savoir ou d'une pratique non stabilisée relative au bien-être de l'animal, que cet enseignement envisage le savoir ou la pratique comme portés par des valeurs universelles ou ne pas être portés avec des valeurs, conduit l’élève soit à l'acceptation du savoir, soit à son rejet pour des raisons cognitives ou morales.