L'éthique utilitariste naturaliste


Certains penseurs remettent en cause la démarche éthique elle-même car elle corrompt les relations de l'homme et de l'animal. Ainsi Shepard [1] s'insurge contre les droits tout autant que la bonté. « Animals rights is one of the most visible and dramatic campaign in the modern world ». Il observe la cruauté aussi bien dans les élevages modernes que dans les petites exploitations. Mais il considère surtout les éthiques comme relevant d'une immaturité de la part de l'humain :
« With Tom Reagan (…), in the projection of this hearth rug altruism onto nature the proponents of « kindness » fall into the trace created by their own, often infantile, imagination ». Pour Shepard, l'éthique des droits au même titre que l'altruisme ne conduisent qu'à envelopper le monde naturel dans une pure imagination. Les tentatives en faveur du bien-être des animaux ne conduisent qu'à une véritable débâcle, avec comme rêve de sauver tous les animaux. Dans ce qu'il considère être un conte de fée de la sauvegarde, la mort est bannie. Or, selon lui, les animaux n'ont pas de droits, ils ont une histoire naturelle. Les droits donnés à un animal ne font qu'en enfreindre d'autres.
Une telle protection est associée pour lui à notre terreur du cycle de la vie et de la mort. Il remet en cause tout le processus de domination sur la nature en général et l'animal en particulier qui a émergé durant le néolithique et qui a conduit à nous séparer de notre propre nature. Il invite à reconstruire un lien avec soi, au travers d'un animal qui va enrichir notre propre vie intérieure et notre vie biologique car notre relation première avec les animaux est une interaction en termes d'utilité et de symbolisme. L'animal domestiqué, et en particulier l'animal de compagnie, ne sont pour lui que l'ombre dégradée de l'animal qui nous empêche de développer notre maturité et nous conduit plutôt à une régression infantile.
Dalla Bernadina [2] voit derrière les allégories de l'amitié des formes de subalternalité et d'infériorité. « Quoi de plus rassurant pour un Moi toujours menacé, d'être entouré par une multitude d'autochtones mal alphabétisés, humbles et reconnaissants à qui restituer la parole confisquée ». Il ne voit dans les différentes éthiques que des formes d'appariements symboliques, des dispositifs « totémiques » qui permettent de poursuivre notre vie de prédateur en paix.
Shepard au même titre que Dalla Bernardina invoque une autre forme d'éthique (même si ces auteurs en rejettent le terme) de la relation homme-animal, fondée sur un retour à notre naturalité, aussi bien qu'à celle de l'animal, fondée sur une relation qui favorise la construction même de l'identité de l'homme et que nous qualifierons « utilitariste naturaliste ». Ils revendiquent en effet une relation homme-animal qui soit utile au bien-être de l'animal comme à celui de l'homme.

Références utilisées


[1] Shepard, P. (1996). The others ; how animals made us human. Island Press.
[2] Dalla Bernardina, S. (2006). L'éloquence des bêtes. Quand l'homme parle des animaux. Paris : Métailié.