Les points de vue des consommateurs


A partir des années 60, une augmentation de l’implication citoyenne s’est exprimée, entre autres, par le développement des associations de défense des consommateurs. Dans les années 90, le concept médiatique du « consom’acteur » décrit un citoyen peut-être moins associatif mais prenant part au débat et affichant ses points de vue à travers ses achats. Même si ce phénomène est assez récent, on peut imaginer que son rôle dans le débat sur le bien-être animal pourrait s’accroître dans l’avenir. En effet, les travaux portant sur les attentes des consommateurs vis-à-vis du bien-être indiquent une demande pour des produits respectueux du bien-être des animaux, mais des représentations du bien-être qui varient fortement selon la filière et le type de produit.
Pour mieux comprendre le rôle des consommateurs, il apparaît nécessaire de revenir sur les grandes crises très médiatisées qui ont entaché l’image de l’élevage. Ainsi, la crise du « veau aux hormones » du début des années 80, puis la crise de la « vache folle » dans les années 90 ont conduit les consommateurs à douter de la qualité des produits issus de l’élevage, mais également à porter un regard critique sur les pratiques d’élevage. Ces événements ont fortement contribué à une baisse de crédibilité de l’élevage auprès du grand public, et ont favorisé l’émergence et le développement de nouvelles questions des citoyens sur les pratiques d’élevage, dont celles relatives au bien-être des animaux. Ces questions ont ensuite trouvé une place centrale dans les interrogations de société sur ses modes de production (agriculture biologique, agriculture équitable, production raisonnée, …) apparues dans la deuxième moitié du XXème siècle. Dans un tel contexte, un élevage dit traditionnel, considéré comme plus respectueux des animaux, est souvent opposé à un élevage dit industriel, moins soucieux de bien-être et associé à une qualité dégradée des produits.

L'analyse croisée d'éleveurs de bovins et de consommateurs sur la question du bien-être animal montre que ces derniers mettent en avant l'alimentation "naturelle" sans OGM, évoquent des éléments d'hygiène, de liberté et de proximité de la nature pour l'animal. Ils évitent un fort rejet des systèmes industriels. [1]
Il est possible que leur représentation de l’élevage soit transmise en particulier par les médias lorsqu’ils s’attachent aux images négatives de l’élevage intensif (poules pondeuses, gavage) ou à des situations extrêmes (feed lots aux Etats-Unis) ou encore à des situations très dégradées (accident de transport d’animaux). Ces images négatives de l’élevage sont probablement renforcées par les questions récentes concernant les impacts sur la santé des produits issus de l’élevage (par exemple la richesse en gras des produits laitiers ou de la viande), ou celles sur les impacts environnementaux (impact de l’élevage sur les gaz à effet de serre, bilan carbone des filières de production, crise des algues vertes).

L’attrait croissant pour les filières de l’agriculture biologique a pu amplifier l’opposition entre cet élevage que le consommateur considère comme plus traditionnel et respectueux du bien-être, et l’élevage classique, dit intensif ou industriel. Elle semble notamment plus marquée dans les filières avicole et porcine.


Références utilisées 


[1] Dockes, A.C., Kling-Eveillard, F., Jaquinot, M., & Becque, J.M. (). Consommateurs et éleveurs de bovins face à la problématique du bien-être animal.