L'éthique du care


Si les approches utilitaristes ou déontologiques laissent le primat à la raison ou au principe, tel n’est pas le cas de l'éthique du care, une approche éthique fondée sur les sentiments. L'éthique du care, tout du moins à l'origine, s'inscrit dans une approche féministe. Elle s'oppose à une approche relevant de la justice et du droit, et plus généralement à une seule morale fondée sur l'équité et l'impartialité. Le care est pour Gilligan [1] un mode de pensée contextualisé défini par le souci fondamental du bien-être d'autrui. Deux concepts majeurs en constituent les fondements : la responsabilité d’une part et l'interdépendance et la vulnérabilité de la personne de l'autre. La personne morale est celle qui aide les autres ; la bonté signifie rendre service, remplir ses obligations et ses responsabilités envers autrui. Cette morale se fonde donc sur la relation à l'autre.
La moralité d'une action est évaluée en fonction des réalités de ses intentions et de ses conséquences. Elle est donc à mi-chemin entre une approche déontologique, sentimentaliste et conséquentialiste. Elle se situe entre la bonté, l’honnêteté et la vérité.

La revendication d'une éthique du care reste pour partie une lutte de pouvoir en réponse à une société dominée par des valeurs masculines de justice. L'éthique du care revendique une morale qui ne soit pas seulement dogmatique, injonctive et purement rationnelle, voire utopique dans un processus mondialisé comme l'est la justice. Elle prône une société qui envisagerait les deux voies, celle de la justice tout autant que celle du care. Une éthique du care requiert certes la justice mais dans des circonstances concrètes et non pas en se fondant sur des principes généraux ou en considérant l'attachement comme un problème moral.
En introduisant la question du care dans l'éthique animale, Laugier [2] insiste sur les notions de vulnérabilité et de dépendance comme principes fondateurs. L'éthique du care dans la relation à l'animal invite à considérer le sujet moral non pas comme un sujet autonome mais comme un sujet vulnérable. Il ne s'agit pas d'intégrer l'animal dans notre système moral mais au contraire de l'ouvrir à la sympathie. Legoff [3] invite alors à une véritable éducation à la sensibilité, une éducation permettant de trouver la bonne distance entre sympathie, raison et émotion, sans chercher à opposer la raison aux sentiments.
Il s'agit pour les tenants du care de traiter les problématiques relatives à l'animal de manière contextualisée en prenant en compte la dimension empathique et les conditions sociales en présence. Le care s'intéresse à l'être vivant à un niveau individuel, non pas à l'animal en général. Pour autant Legoff [3] garde une position ambiguë quant à la consommation de viande et prend une position quasi-universalisante. « Le cas de la consommation de viande semble pouvoir recevoir un verdict plus définitif, puisqu’on peut soutenir que la consommation de protéines n'est en rien nécessaire à la santé. Les théoricien-nes du care en éthique animale prônent d'ailleurs, dans leur écrasante majorité, le végétarisme. Mais le raisonnement par lequel ils y parviennent (...) ne fait pas plus fond de valeur intrinsèque. Une éthique du care laisse dès lors place à une acceptabilité de la consommation de viande dans certains cas » (p. 62).

Regan [4] lui reproche d'être spéciste et d'inviter à prendre une posture paternaliste. Pour Legoff [3] la relation homme-animal suppose une étroite interdépendance. L'homme dispense autant de soin à l'animal que l'animal lui en donne.


Références utilisées


[1] Gilligan, C. (2009). Le care, éthique féminine ou éthique féministe ? In C. Viannay & P. Vasset, Abécédaire de la crise politique du care ; micropolitique de l'habitat non-ordinaire. (pp. 76-78) Association multitude, 37-38.
[2] Laugier, S.. (2012). Frontières du care. In S. Laugier, Tous vulnérables ? Le care, les animaux et l'environnement. (pp. 7-33). Paris : Payot.
[3] Legoff, A. (2012). Le care, le juste rapport à l'animal sans voix. In S. Laugier (Ed.), Tous vulnérables ? Le care, les animaux et l'environnement. Paris : Payot.
[4] Regan, T. (2001). Defending animal rights. Urbana, University of Illinois Press.