Le bien-être fait-il partie de la durabilité de l’élevage ?


Le bien-être animal constitue une composante majeure du système « élevage » formé par l’éleveur, l’animal et son environnement. Doit-on pour autant le considérer comme un élément de la durabilité de l’élevage ? Pour rappel, la durabilité repose sur trois piliers en interaction, l’environnement, l’économie et le volet social. Ainsi, une agriculture est dite durable si elle est écologiquement saine, économiquement viable, socialement juste et humaine, et psychologiquement vivable.

On peut d'ores et déjà mentionner des outils où le respect du bien-être animal a été pris en compte dans la durabilité.
La méthode IDEA développée en France pour évaluer la durabilité d’un atelier de production inclut le bien-être animal.
Sur le plan social, le bien être animal offre des perspectives en termes de développement social de l’élevage. Il a des impacts indirects sur l’image et la reconnaissance sociale des éleveurs, et sur leur plaisir à travailler. Améliorer le bien-être des animaux peut être l’opportunité pour les éleveurs de bien faire pour bien être, mais aussi de valoriser leur savoir faire et de le faire savoir. Il y a donc un impact social possible au bien-être animal qui va dans le sens de l’amélioration de la qualité des productions animales et de la meilleure connaissance par le public de ces productions.

Le bien-être constitue dans certains cas une plus value économique. La prise en compte du bien-être animal peut parfois favoriser la production zootechnique. Il peut faire partie des cahiers des charges des distributeurs et constituer un critère de sélection des fournisseurs. Si cet impact économique reste restreint en France, il pourrait évoluer dans l’avenir en raison des attentes croissantes des consommateurs vis-à-vis du bien-être. Plusieurs entreprises de transformation de denrées agricoles dans les pays anglo-saxons promeuvent déjà leurs produits au nom du bien-être des animaux.

Si le bien-être animal ne conduit pas nécessairement à favoriser la viabilité des écosystèmes et la préservation des ressources naturelles, son introduction en agriculture peut permettre de changer notre rapport à la nature et à l'animal, de passer d'une relation purement fonctionnelle à une relation complexe. Elle conduit à quitter une vision purement anthropocentrique qui met en avant le seul bien-être humain comme l'un des critères de durabilité, pour introduire une éthique du respect de l'animal. Sans pour autant remettre en cause la primauté d'une éthique humaine, elle offre à regarder le vivant dans sa complexité, voire à (re)-valoriser socialement les comportements de soin de l'éleveur à l'égard de l'animal.