La relation homme-animal en élevage

La relation homme-animal joue également un rôle central dans la manière qu’un animal a d’évaluer son environnement et donc dans son état de bien-être [1]. Plusieurs approches sont mobilisées pour étudier la relation entre hommes et animaux d’élevage. Dans cette fiche, nous présentons succinctement trois approches différentes :
- approche en éthologie appliquée
- approche du contrat de domestication
- approche de la relation intersubjective.

Agir sur l'expérience  vécue des animaux : éthologie appliquée

Xavier Boivin identifie trois approches complémentaires dans le cadre de la relation homme-animal :
- aménager l’environnement des animaux (outils de contention...)
- choisir des animaux mieux adaptés à leur environnement d’élevage (sélectionner sur la docilité des animaux...)
- agir sur l’expérience vécue des animaux (impacts des comportements humains...).
Dans cette partie, nous nous centrons sur la troisième approche car elle constitue un enjeu primordial de la formation des apprenants dans les filières animales.
La relation homme-animal se caractérise par la manière dont chacun des partenaires de la relation perçoit l’autre. Ainsi, étudier une relation implique d’étudier la perception émotionnelle de chacun des partenaires par l’autre.

Plusieurs recherches en éthologie appliquée ont mis en évidence les impacts des comportements humains sur la manière dont les animaux perçoivent leur environnement (positivement ou négativement). Ainsi, la distance de fuite des animaux est corrélée à la fréquence des contacts positifs entre l’éleveur et ses animaux (paroles calmes, caresses...) (Figure 1). Les animaux sont capables d’attribuer à une personne un type de comportements. Mais face à un individu inconnu, leur réaction est corrélée aux traitements antérieurs reçus quotidiennement [2].

Figure 1  : distance de fuite et relation à l'animal


Ces études en éthologie appliquée sont réalisées à partir de protocoles standardisés avec des analyses quantitatives des données obtenues. Elles visent notamment une évaluation du comportement de l’animal, voire du bien-être animal ou du comportement de l’éleveur. Elles ont permis de mettre en évidence des facteurs impliqués dans la construction de la relation homme-animal (Figure 2).

Figure 2 : Représentation schématique des différents facteurs impliqués dans la construction de la relation homme-animal [2]

La relation Homme-animal : un contrat

Alors que certains réduisent la relation homme-animal à un état de domination de l’homme sur l’animal dans le cadre de la domestication [3], Larrère considère la domestication comme un contrat entre l’homme et l’animal. Ce contrat domestique est implicite et inégalitaire entre ces deux parties car il inclut la mort des animaux. Les éleveurs
offrent des conditions de vie respectueuses du bien-être animal et les animaux coopèrent en acceptant ces conditions de vie [4]. Ainsi, le bien-être animal apparaît comme « une clause » du contrat nécessaire pour obtenir la coopération des animaux. Toutefois ce contrat peut-être facilement rompu dans certains systèmes d’élevage lorsque :
- les contacts entre éleveurs et animaux se limitent à des contacts neutres voire négatifs,
- les contraintes du système d’élevage sont trop importantes et n’entraînent pas de bénéfices pour les animaux [5].
La relation homme-animal dans le cadre du concept du contrat domestique est alors évaluée à partir de l’engagement et de l’adaptation de chacune des parties vis-à-vis de l’autre.

La relation homme-animal : théorie du don-contre don

Les éleveurs, selon J. Porcher, ont de tout temps reconnu que leur métier était un travail avec des êtres vivants, dont ils sont responsables et envers lesquels ils sont engagés dans le cadre d’un rapport d’un don-contre don [6]. L’élevage ne se résume pas à la production mais à un vivre ensemble qui implique de la part des éleveurs « une triple obligation de donner, recevoir et rendre ». Le don originel est celui de la « vie bonne » donnée par l’éleveur à ses animaux. Il engage la responsabilité de l’éleveur, son devoir moral de notamment soigner, alimenter et protéger ses animaux. Même si Porcher reconnaît le même engagement des éleveurs vis-à-vis des animaux que dans le contrat domestique de R. Larrère, elle critique ce dernier concept car, selon elle, un contrat implique que chacun des partenaires du contrat ait conscience des clauses qui les lient.
Ainsi la relation homme-animal est appréciée à partir des pratiques, actions mises en œuvre par les éleveurs, manipulateurs pour procurer une « vie bonne » aux animaux. Dans une étude auprès d’éleveurs ovins engagés dans le cahier des charges agriculture biologique, Nicourt et Cabaret [7] mettent en évidence que ces éleveurs cherchent à procurer aux animaux une vie « exempte de souffrances et leur permettant d’exprimer leurs aptitudes jusqu’à peut-être éprouver du plaisir ».

Références utilisées

[1] Boivin, X., Lensink, J., Tallet, C. & Veissier I. (2003). Stockmanship and farm animal welfare. Animal Welfare, 12, 479-492
[2] Boivin, X., Bensoussan, S., Lhotellier, N., Bignon, L., Brives, H., Brûlé, A., Godet, J., Grannec, M.-L., Hausberger, M., Kling-Eveillar, F., Tallet, C. & Courboulay, V. (2012). Hommes et animaux d’élevage au travail: vers une approche pluridisciplinaire des pratiques relationnelles. INRA Productions Animales, 25(2), 159-167.
[3] Digard, J.-P. (2008). Les nouveaux rapports homme-animal. Séminaire des personnels de direction de l’enseignement technique agricole public français « Entre peurs et espoirs, comment se ressaisir de la science et la faire partager à nouveau? », Paris: Agrobiosciences.
[4] Larrère, C. & Larrère, R. (1997). Le contrat domestique, Le Courrier de l'environnement de l'INRA, 30, 5-17.
[5] Larrère, C. & Larrère, R. (2001). L’animal, machine à produire : la rupture du contrat domestique. In F. Burgat (Eds), Les animaux d’élevage ont-ils droit au bien-être ? Paris: INRA Editions.
[6] Porcher, J (2002). L'esprit du don: archaïsme ou modernité de l'élevage? REVUE DU MAUSS, 2(20), 245-262, DOI : 10.3917/rdm.020.0245
[7] Nicourt, C. & Cabaret, J. (2011). Création de normes, innovation sanitaire et éthique des éleveurs ovin bio. In P. Béguin, B. Dedieu & E. Sabournin (Dir.), Le travail en agriculture : son organisation et ses valeurs face à l’innovation. Paris: L’Harmattan. p.85-