Évolution de la définition du bien-être animal

La définition du bien-être a pu varier sensiblement en fonction des progrès de la recherche et pourra certainement s’affiner dans l’avenir. La définition actuelle tient compte des principales définitions proposées durant la deuxième moitié du XXème siècle. La figure 1 ci-dessous présente l'introduction progressive de nouvelles notions dans la définition du bien-être animal. En effet, chaque nouvelle notion est venue préciser et compléter voire en partie renouveler la définition du bien-être animal sans toutefois exclure les définitions précédemment mobilisées pour le définir.



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Figure 1 : Évolution de la définition du bien-être animal


Le passage d'une définition à une autre ne suppose pas que la précédente est exclue ou obsolète. En effet, l'ensemble des définitions présentées dans la figure 1 se complètent et s'enrichissent progressivement.
1. Le bien-être animal est défini par l’état de santé de l’animal. Cette conception est largement partagée lors de l’émergence du concept de bien-être animal dans les années 1960 en Europe. Certains scientifiques, notamment des vétérinaires, ont considéré que l’état de santé de l’animal associé à son niveau de production était un critère nécessaire et suffisant pour définir et évaluer le bien-être animal. R. Dantzer (1983) [1] met en garde vis-à-vis d’une conception trop simpliste du bien-être animal qui ne garantit pas l’absence de souffrance au niveau individuel. L’absence de maladies, de blessures est reconnue comme un critère indispensable à prendre en compte mais parmi d’autres critères dans une conception plus large du bien-être animal [2].


2. Dans cette définition, le bien-être animal est défini par la possibilité qu’a un animal de « neutraliser » les contraintes de son environnement. Cette définition s’appuie principalement sur les savoirs scientifiques construits, depuis les années 1930, sur le système nerveux autonome et sur l’axe corticotrope. Le stress est le concept central utilisé pour définir si un animal est capable de s’adapter à son environnement. Les réponses physiologiques sont mesurables et observables pour évaluer les contraintes environnementales sur les processus d’homéostasie d’un organisme animal. Si l’organisme animal ne parvient pas à fournir une réponse adéquate, il s’en suit des dysfonctionnements, voire une rupture. Les indicateurs liés à la réaction de stress (taux de cortisol, fréquence cardiaque…) même s’ils sont critiqués car peu sensibles à certaines situations de stress chronique sont toujours largement utilisés dans les recherches actuelles pour définir si un événement est jugé aversif ou non par un animal.

3. "To cop with" est compris comme faire face de manière active dans l’objectif de l’emporter dans une situation particulière [3]. Broom [4] développe cette théorie dans les années 1980 et même si la traduction en français se fait souvent sous la dénomination de la théorie de l’adaptation, son fondateur la distingue nettement de la théorie de l’adaptation présentée précédemment. En effet, « to cop with » ne se limite pas à une simple adaptation supposant une relation causale entre stimulus et réaction. Les animaux réagissent à leur environnement en fonction de leurs expériences passées et de leurs capacités cognitives. La stratégie de coping suppose un certain degré de conscience chez les animaux notamment pour l'anticipation et la prévision des résultats d'une action. Elle s'appuie sur le concept de sentience utilisé par les anglo-saxons pour désigner la sensibilité des animaux. Le bien-être animal est faible si les animaux ne peuvent pas ou difficilement mettre en œuvre des stratégies de coping. Ces stratégies sont à la fois comportementales, physiologiques, immunologiques, cognitives. Cette théorie a eu pour impacts d’élargir les critères permettant de délimiter les contours du concept de bien-être animal et les indicateurs à mesurer pour évaluer le niveau de bien-être d’un animal.

4. La définition majoritairement utilisée dans le domaine scientifique actuellement est centrée sur la subjectivité des animaux : cette conception du bien-être animal définit le bien-être animal comme « étroitement liée à des processus cognitifs tels qu’une certaine conscience d'un état interne (par exemple, avoir faim et être malade), des attentes vis-à-vis de l’environnement (qui aident les animaux à déceler si quelque chose est absent ou pas) , et la capacité de prédire ou de contrôler l'environnement » [5]. Le bien-être animal, sous cette conception, est une expérience subjective de l’animal, un état mental lié à l’évaluation qu’il fait de la situation dans laquelle il est impliqué. Cette évaluation génère des émotions négatives ou positives [6]. Le point de départ de recherches scientifiques récentes sont, dans ce cas, les émotions étendues ou non aux états affectifs (voir fiche technique sur les émotions des animaux).

Exemples de définitions actuelles

Les définitions proposées actuellement par les institutions publiques sont construites principalement à partir d’une synthèse des différentes définitions construites progressivement depuis l’émergence du concept du bien-être animal. Elles sont généralement complétées par des critères de bien-être animal favorisant son évaluation voire des mesures favorisant sa prise en compte.
Ainsi, les cinq libertés énoncés par le Welfare Animal Council en 1992 (absence de maladies, de lésions ou de douleur - absence d’inconfort - L’absence de faim, de soif ou de malnutrition - absence de peur et de détresse - La possibilité d’exprimer les comportements normaux de l’espèce ) sont mobilisées non pas pour définir le bien-être animal mais pour identifier des critères, pour la plupart, facilement accessibles par un observateur en vue de son évaluation.

Définition de L’ANSES (2015)
« Etat physique et mental de l’animal qui découle de la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux essentiels et de ses capacités à s’adapter à son milieu" [7]. Il s’agit donc d’un concept multidimensionnel. Celui-ci s’illustre notamment par la reconnaissance au plan international (Conseil de l’Europe et OIE) de cinq composantes clés formalisées par le FAWC (« Five freedoms ») et déclinées de façon plus ou moins détaillée sous différentes formes (par exemple quatre principes et douze critères dans le système Welfare Quality ) ».

Définition de L’Office International de l'élevage (2010)
La notion de bien-être animal se réfère à l’état de l’animal, le traitement qu’un animal reçoit est couvert par d’autres termes tels que soins, conditions d’élevage et bientraitance. On entend par bien-être la manière dont un animal évolue dans les conditions qui l’entourent. Le bien-être d’un animal (évalué selon des bases scientifiques) est considéré comme satisfaisant si les critères suivants sont réunis : bon état de santé, confort suffisant, bon état nutritionnel, sécurité, possibilité d’expression du comportement naturel, absence de souffrances telles que douleur, peur ou détresse. Le bien-être animal requiert les éléments suivants : prévention et traitement approprié des maladies, protection, soins, alimentation adaptée, manipulations réalisées sans cruauté, abattage ou mise à mort effectuées dans des conditions décentes..

Questionnements actuels sur la définition du bien-être animal

La définition du bien-être animal a fortement évolué depuis l’émergence du concept dans les années 1960. Elle n’est pas encore stabilisée et évolue au fur et à mesure de la construction des savoirs scientifiques. Les controverses actuelles portent notamment sur l’universalité de cette définition. Est-il possible de définir un état de bien-être de la même façon pour des poules pondeuses, des vaches, des poissons ou encore des crustacés ? Les espèces animales impliquées dans les filières d’élevage sont très diverses et certaines notions et concepts sont à ajuster en fonction de celles-ci.
Par ailleurs, les états mentaux des animaux (la manière dont ceux-ci évaluent la situation dans laquelle ils sont impliqués, sont entrés au cœur de la définition du bien-être animal récemment). Cependant de nombreuses questions restent en suspens :
- Quels cadres théoriques et méthodologiques peuvent-être mobilisés pour identifier les états émotionnels des animaux ?
- Quel registre d’émotions est ressenti par les différentes espèces animales (peur, anxiété, honte, joie, bonheur, fierté…) ?
- Les états mentaux sont-ils associés uniquement à des émotions (définies comme un état bref et fugace), à des états affectifs (définis comme des états plus stables et durables) ou encore un état de conscience de l’animal ?
- Comment définir des critères de bien-être prenant en compte à la fois les états mentaux positifs et négatifs ?

Références utilisées

[1] Dantzer, R. (1983). Protection animale en élevage intensif. Journées de la Recherche porcine en France, 15, p. 25 36.

[2] Veissier, I., Bertrand, G. & Toullec, R. (2003). Le veau de boucherie: Concilier bien-être animal et production. Paris: INRA Editions.
[3] Dantzer, R. (2001). Comment les recherches sur la biologie du bien-être animal se sont-elles construites ? In F. Burgat (Eds), Les animaux d’élevage ont-ils droit au bien-être ? Paris: INRA Editions. p. 85-104.
[4] Broom, D.M. (2011). A history of animal welfare science. Acta Biotheoretical, 59, 121-137
[5] Veissier, I., Aubert, A. & Boissy, A. (2012). Animal welfare: A result of animal background and perception of its environment. Animal Frontiers, 2(3), 1-15.
[6] Veissier, I., Beaumont, C. & Lévy, F. (2007). Les recherches sur le bien-être animal : buts, méthodologie et finalité. INRA Productions Animales, 20(1), 3-10.
[7] Fraser, D. (2008). Understanding animal welfare: the science in its cultural context. Chichester :Wiley Blackwell.